Délicat de santé, le jeune Kano ne mesurait qu'un mètre cinquante et pesait à peine 48 kg. À 16 ans, il décida de fortifier son corps, par la pratique de la gymnastique, du rowing et du base-ball.
Mais ces sports s'avérèrent trop durs pour sa faible constitution. De plus, lors de querelles entre étudiants, Kano était toujours battu. Blessé dans sa fierté de fils de samouraï, il décida d'étudier le ju-jitsu.
Son premier professeur fut Hachi-Nosuke Fukuda. Sous la conduite de ce maître, Kano s'initia aux mystères du ju-jitsu.
En 1879, âgé de 82 ans, Fukuda mourut et Kano hérita de ses archives. Il devint ensuite l'élève du maître Iso, un sexagénaire qui gardait le secret de l'école dérivant également de Tenjin-hingo. Jigoro Kano s'entraîna tout en poursuivant ses études et devient bientôt le vice-directeur de l'école. Malheureusement, Iso mourut bientôt et notre jeune ju-jitsuka (expert en ju-jitsu) se trouva à nouveau sans professeur.
Il dévora tous les livres et documents, mais un bon professeur lui restait indispensable.
C'est alors qu'il rencontra le maître Likubo, qui lui apprit la technique de l'école de Kito. Jusqu'ici, il avait travaillé les luttes en corps à corps avec des vêtements de ville ; l'école de Kito allait lui enseigner le combat avec armure.
Peu à peu, Kano fit la synthèse des diverses écoles et voulut créer sa propre discipline, tout en s'entraînant avec le maître Likubo jusqu'en 1885.
En février 1882, il s'installait, âgé de 22 ans, dans le petit temple bouddhique d'Eishoshi, secte Jôgo. C'est dans ce temple, berceau du judo, que Jigoro Kano installa un premier dojo (salle où l'on étudie la voie).
Habitant dans les dépendances du temple avec quelques élèves et une vieille servante, il se mit patiemment à élaborer sa nouvelle méthode. Il choisit les prises les plus efficaces et les plus rationnelles. Il élimina les pratiques dangereuses et peu compatibles avec le but élevé qu'il visait. Il perfectionna la manière de tomber et inventa le principe des brises-chutes.
Il créa un vêtement spécial d'entraînement (le judogi), l'antique tenue des ju-jitsukas provoquant trop fréquemment des blessures.
Il mit particulièrement au point les méthodes de projections, en inventant d'ailleurs quelques-unes.
Kano pensa que son nouvel art devait porter un autre nom, puisque le but poursuivi était différent. Il recherchait un art de vivre, basé sur une utilisation meilleure de l'énergie humaine. Il nomma cette science nouvelle « JUDO »